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Sanctificari Festum – Lorsqu’un écrivain rencontre une photographe

Il y a quelques semaines, je vous présentais mon travail sur Oni Vs Cybèle qui inspira deux écrivains pour un projet crossmedia.

J’ai eu la chance la semaine dernière d’être prise en interview par un mystérieux chat qui s’est amusé à décortiquer le travail collaboratif fait avec Guillaume G. Lemaître, écrivain de talent, sur la série Sanctificari Festum. Aussi, je vous propose, aujourd’hui, de découvrir les détails croustillants derrière ces photos!

Un Chat : Bonjour Roxane, bonjour Guillaume,

Je ne suis qu’un chat qui passe vous proposant aujourd’hui de vous interviewer afin de faire découvrir votre travail aux lecteurs d’AlexBlog.

Roxane, vous m’arrêtez si je me fourvoie, mais vous êtes photographe depuis 20 ans et vous officiez avec talent dans la photo en noir et blanc plus particulièrement. Nos lecteurs ont d’ailleurs pu découvrir un aperçu de votre art à travers la série Oni Vs Cybèle et Après la fin. Votre univers sombre et violent, souvent ambiguë pouvant appeler à l’érotisme par moment questionne les personnes qui découvrent votre art.

Guillaume G. Lemaître, de votre coté, vous écrivez depuis votre plus tendre âge, et vous avez été publié à de nombreuses reprises dans des maisons d’édition telles que Griffe d’Encre, La Madolière, Lune Ecarlate ou plus récemment Rivière Blanche avec la nouvelle Palingénésie.
Le célèbre blogueur littéraire Quand le Tigre lit laisse d’ailleurs une très jolie critique sur votre texte Le Gardien, issu de l’anthologie Créatures publiée chez la Madolière. Cette nouvelle plonge directement le lecteur dans votre style mêlant avec habilité horreur, fantastique et érotisme.

Le Gardien (ouais, c’est mon pote Guillaume Lemaître qui l’a écrit !)
Etienne (ouais, comme la merde musicale de Guesch Patti) est un jeunot puceau qui se fait gravement chier dans une pension, découvre par hasard une jolie boîte. Laquelle réclame du sang et le récompense en faisant apparaître des bonasses qui lui extirpent jusqu’à la dernière goutte de sperme. Mais il leur faut toujours plus de « nourriture »… L’aspect politico-pipeau-sociétal est inutile, mais le reste envoie suffisamment de pâté pour regretter que l’écrivain n’en aie pas fait une novella – l’écriture, soignée, l’aurait permis.
Quand le Tigre lit – Collectif Créatures Anthologie – 2 avril 2015

Vos deux univers ne pouvaient finalement que se rencontrer à travers le fascinant mais dérangeant Sanctificari Festum.

Un Chat : Qu’est ce qui a donné naissance à cette collaboration entre vous ?

Guillaume : L’idée vient de Roxane. L’ambiance y est Splatterpunk. Plus qu’un genre en tant que tel, il s’agit d’une manière de traiter une histoire sombre avec des antihéros. De fait, n’importe quel genre peut être contaminé par le splatterpunk.

Un Chat : J’ai cru comprendre que cela venait d’une nouvelle. Est-ce bien le cas?

Roxane : En effet, cela vient d’une nouvelle mais aussi d’un dyptique (Ce que l’on sème et L’art du voisinage bas normand) publié dans l’anthologie Les Fossoyeurs de Rêves. Guillaume me posait des questions concernant l’aspect médical et psychologique, ayant des connaissances dans le domaine. Plus nous travaillions dessus, plus nous creusions le sujet sur la lie de la société humaine. A travers ces clichés sociaux bien réels et à force de travailler sur des profils de personnages, il nous est venus envie de partager cet univers sous une forme photographique. Le but n’était pas de reproduire mais capter l’essence et l’ambiance pour en faire quelque chose. Il y a un discours sur la religion qui est la base de Sanctificari Festum, avec une forte symbolique sur la torture car cela tenait à cœur à Guillaume d’exposer les méfaits lorsque les diverses religions sombrent dans l’obscurantisme. Le message véhiculé dans ses nouvelles dérange et l’objectif était de faire des photos qui interrogent. Guillaume voulait faire un truc avec un ange torturée, découpée voire cannibalisée par un prêtre et il souhaitait assurer l’interprétation de ce bourreau.

Guillaume : Ce fut un rôle de composition parce qu’il est jouissif de jouer un méchant. Pour ceux qui me connaissent, me voir habillé en prêtre est un décalage savoureux.

Roxane : Pour ma part, j’y ai vu le challenge car ses personnages vont souvent très loin et l’idée était de savoir si Guillaume voulait aller dans cette incarnation de ces salopards.

Un Chat : Quel a été pour vous le moment le plus difficile du shooting ?

Guillaume : Au départ, le modèle de l’ange jouait presque nue, il y avait de la pudeur. Cela dit, il y avait une complicité avec la modèle car nous avions pu passer du temps ensemble la veille à discuter et à faire connaissance, ce qui a permis de mettre en place une bonne ambiance malgré le thème assez lourd du shooting.

Roxane : Ce qui était le plus difficile en tant que photographe était de faire ressortir l’émotionnel de Guillaume. Que le personnage de Guillaume s’incarne en lui. La gestuelle était facile mais trouver le mélange entre remord et mysticisme grandiloquent était difficile à faire ressortir chez Guillaume qui est quelqu’un de particulièrement modeste. Tu peux avoir de la compassion mais il y avait aussi ce rêve de grandeur, de divin sacrifié.

Guillaume : C’est aussi pour cela qu’il a fallu que Roxane me recadre sur la délicatesse. J’avais peur de faire mal au modèle et je n’étais pas assez agressif. Intérieurement quand j’écris ou que je participe à un shooting photo, ce sont des personnages, ce n’est pas moi. C’était vraiment du jeu. Roxane qui est habituée à diriger les modèles a réussi à mettre en place cette ambiance.

Roxane : Il y avait aussi la difficulté de refléter la mégalomanie de ce personnage qui est le centre du sujet en terme de représentation de l’extrémisme religieux. C’est difficile à jouer quand ce qui te fait vomir c’est ce type de comportement. (Rires de Roxane avec un regard complice à Guillaume)

Guillaume : Un mystique même plus modéré a une forme de masochisme. Il s’incline devant une figure paternelle qui punit quand on a fauté. Pour ce personnage, c’est un fanatique qui veut être l’égal d’un dieu. On est encore dans cette alchimie sadique et masochiste mais poussée dans ses extrémités.

Roxane : Il est dans le sacrifice d’une créature divine. L’ange est une femme. Ce choix de sexualisation prononcée du modèle au lieu d’un modèle androgyne est voulue car elle représente une belle féminité assumée et cela descend le tabou de la femme dans les religions monothéistes. Déception et adoration se mêlent sur les photos qui ont toutes un double ou un triple message et c’est le spectateur ou le lecteur qui va en faire sa propre interprétation parce qu’on y rajoute une sensualité qui est le tabou absolu. Dévorer la sensualité, la femme, cela représente un tabou symbolique très fort. L’habit traditionnel du prêtre est choisi car c’est une forme d’eucharistie dévoyée avec un ange dont le regard est empli de peur.

Guillaume : Cela embraye sur une nouvelle qui n’a pas été publiée mais qui traite de ce sujet : l’innocence sacrifiée, malmenée mais n’en disons pas plus. (Clin d’œil de Guillaume à l’attention du Chat)

Un Chat : Comment avez-vous sélectionné les photos qui ont donné naissance à la série une fois le shooting terminé ?

Roxane : J’ai sélectionné les photos seules. Ce que je vois dans les prises de vue aide déjà à la sélection. Lorsque je photographie, je sais déjà ce que je vais garder. Je fais du noir et blanc et, bien que la vie soit en couleur, pour avoir fait beaucoup de travail en laboratoire photo, je sais déjà comment je vais traiter mes lumières, contrastes et je vois ce qui ressort. L’expression recherchée sur un visage se joue à la microseconde grâce au dialogue avec les modèles que j’interroge et pousse dans l’émotionnel. Et le déclenchement est à ce moment-là. On ne peut pas l’arrêter dans une pose et ça se joue à très peu de temps. Mon petit truc, c’est faire la surprise à mes modèles de ce qu’ils ont fait. Parfois, j’ai un doute, et je peux les solliciter mais ça se joue souvent seule. Autrefois dans le laboratoire photo et maintenant face au PC. Les deux modèles m’ont fait la réflexion qu’ils ne s’attendaient pas à ça.

Guillaume : Je dois avouer que j’ai été agréablement surpris par la noirceur de l’ensemble. Nous pouvions juste mettre notre grain de sel durant le shooting mais pour la post-prod, c’est surtout Roxane qui a fait le travail.

Roxane : J’écoute beaucoup les modèles car ce qui m’intéresse le plus dans le shooting, c’est le modèle et ce que je peux ressortir chez lui. J’encourage mes modèles dans leur idée pour ne pas leur imposer une gestuelle qui ne collerait ni au personnage incarné ni à eux. Plus la personne est impliquée, plus la synergie se fait. N’oublions pas que je me suis inspirée fortement d’univers de Guillaume et je me suis beaucoup appuyée sur lui de ce fait.

Un Chat : Vous avez collaboré sur d’autres séries déjà en ligne mais voyez-vous à l’avenir d’autres thèmes sur lesquels vous pourriez unir vos arts respectifs ?

Guillaume : Quelques idées. Des embryons de projet qui vont bien grandir.

Roxane : Les lecteurs peuvent aller voir dans Dimension Sexe où une thématique y est développée. Elle fut et reste un très long débat entre nous pour une série. Je vous laisse découvrir la nouvelle Palingénésie.

Un Chat : Voyez-vous quelques mots à ajouter à cette foisonnante interview?

Roxane : Je voudrais poser une question à Guillaume par rapport à la violence exposée publiquement. Pourquoi autant de violence pour faire passer quelque chose, point qui est commun à nos deux arts?

Guillaume : Beaucoup de gens, après avoir lu cette interview, peuvent penser que nous aimons la violence gratuite, ce qui n’est pas le cas. J’aime l’art viscéral. Quand je commence une histoire, je ne réfléchis pas à un hypothétique message mais il arrive que ce dernier s’impose en cours d’écriture. Ma priorité est de faire ressentir des émotions aux lecteurs et, si en plus cela les fait réfléchir, tant mieux. Nous vivons dans une époque tellement tiède que l’on a envie de secouer les gens à cause de cette forme d’apathie ou de politiquement correct qui domine la société.

Roxane : C’est difficile de dépasser le politiquement correct parce que l’on sait que l’on peut se prendre des murs très violemment. Mais l’on peut aussi se dire que les gens qui acceptent le message sont allés le chercher à cause de leur traumatisme. Je pense que les gens sont dans l’apathie qu’évoque Guillaume pour éviter cette violence comme une sorte de protection au point qu’ils en perdent le coté vivant et passionnel.

Guillaume : Les choses effrayantes, on ne peut pas les cacher sous le tapis.

Roxane : Si on ne prend que cette série, ces personnages sont ambiguës. La culpabilité du prêtre est énorme mais il continue et l’on se demande pourquoi. Dans notre société, nous sommes amenés à faire des actions pour lesquelles nous ne comprenons pas le but bien que la société nous y pousse et nous y allons, pourtant. Ce qui dérange, c’est lorsque l’on montre aux gens leur responsabilité et ça les choque.

Guillaume : C’est pour cela que je ne pense pas qu’il faille toujours tout mettre sur le dos de la société puisque celle-ci, ce sont les gens qui la compose et c’est aussi à eux de prendre leur responsabilité. Il y aura toujours des personnes pour se défausser de ce qu’ils ont fait. Je ne suis pas non plus pour valider le discours victimaire qui disculpe les individus en mettant tout sur le dos d’un « système ».

Roxane : Une vraie victime, c’est terrible. On leur enlève cette douleur en les noyant de « oui mais » et les véritables victimes sont rendues coupables par la société parce qu’elles seraient peut être responsables de tout cela et c’est très moche. Les photos sont aussi trash pour qu’il n’y ait pas de compassion pour le bourreau afin que les rôles victime/bourreau ne puissent être échangés.
Nous parlons de cette série-là mais peut être que les lecteurs iront voir les autres qui sont plus violentes et qui reflètent tout autant la douleur de la victime.

Guillaume : Le monde n’est pas manichéen, il est teinté de gris.

Roxane : C’est pourquoi montrer de l’émotion sur le bourreau, c’est aussi mettre en avant cette ambigüité primale et viscérale qui compose l’être humain. Chacun y verra ce qu’il voudra dans les photos comme chacun percevra ce qu’il a envie dans les nouvelles de Guillaume mais quoiqu’il arrive, cela sera fait pour poser des questions. Aussi la raison pour laquelle je ne pense pas que l’on puisse sortir indemne des nouvelles de Guillaume.

Guillaume : On peut en dire tout autant de tes photos.

Un Chat : Merci à tous les deux pour cette interview très riche!

J’espère que ces échanges vous auront permis de mieux appréhender les éléments constituants de Sanctificari Festum et, si vous avez été intéressé par mon travail, n’hésitez pas à aller jeter un œil à mon Deviant Art ou ma page Facebook! Merci encore à AlexBlog d’accueillir mon travail sur son blog, à Guillaume de s’être prêté au jeu de l’interview et à ce Chat qui nous a donné la parole!

A propos Roxane Soussiel

La photographie c'est une passion de plus de 20 ans, au travers de portraits, de scènes imaginées. La fantasmagorie, du cauchemar à la fiction, de l'angoisse au cathartique, il y a une multitude de visions du monde.

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