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Instagram est-il en train de dénaturer la photographie ?

Disney dans tous ses parcs depuis 2015, Coachella au printemps, Milan depuis le début de l’été, les interdictions de vente et d’utilisation des perches à selfies se multiplient et pourraient en appeler d’autres. Si cela peut faire sourire, certaines autorités voient les perches à selfie comme un véritable fléau venant polluer les lieux touristiques. Cela témoigne surtout d’une nouvelle ère dans laquelle on évolue, un certain narcissisme dans lequel il faut impérativement se mettre en avant sur les réseaux sociaux et notamment Instagram. La photographie n’est plus vu comme un art, mais comme un moyen de se mettre en avant, alors Instagram est-il en train de dénaturer la photographie ?

La photographie se veut-elle narcissique ?

Il est difficile de définir la photographie ou bien même de lui donner un sens originel. Reprenons des écrits d’André Bazin, l’un des fondateurs des Cahiers du cinéma. Il parlait « d’objectivité essentielle de la photographie », c’est-à-dire que pour la première fois rien ne s’interpose entre un objet et sa représentation, l’objectif se substitue à l’œil humain. Hors, si l’on part de ce principe, l’Homme n’est pas censé se voir, hors reflet, il observe le monde. La photographie serait donc un moyen de figer dans le temps une scène que l’on observe. Le philosophe Roland Barthes lui rajoute que la photographie est la preuve que la scène a existé et c’est peut-être là, la clef de notre narcissisme grandissant.

Instagram, la mise en avant permanente

À travers des photos, courtes vidéos et « stories », Instagram permet de mettre sa vie en scène. Les vacances peuvent donc être vues comme un point d’orgue, le moment idéal pour montrer à ses amis à quel point sa vie peut être palpitante. Le selfie permet ainsi de prouver ou justifier que l’on est bien à tel endroit et que l’on a bien vécu un moment particulier. Comme l’explique 1&1 sur son blog, le but d’Instagram est la recherche de popularité. L’utilisateur est donc dans la recherche permanente d’une mise en valeur en utilisant l’image comme preuve, pour finalement rejoindre la pensée de Roland Barthes.

Une opposition entre photographie artistique et preuve du vécu

L’opposition n’est pas toujours simple et parfois même ces deux principes se confondent. Pourtant l’on distingue tout de même aujourd’hui le passionné de photographie de la personne qui se prend en selfie. La différence ? Dans un cas le sujet est le lieu observé, dans l’autre la personne se trouvant dans le lieu observé. Même sans forcément se prendre en selfie, les réseaux sociaux ont poussé à modifier le sujet de la photographie, faisant du « moi » non plus le photographe mais le cœur du message de la photographie. C’est finalement ce qui dérange les passionnés de photographie, nous ne sommes plus dans la captation de l’instant présent mais dans une preuve de son existence. Il y a donc une dénonciation de ne plus vouloir profiter mais de vouloir se faire admirer.

Les réseaux sociaux ont fait évoluer l’usage de la photographie en développant cette volonté de se mettre en avant. Pourtant Roland Barthes, 30 ans avant les réseaux sociaux, avait déjà décelé la capacité de la photographie à prouver qu’une scène avait existé. Finalement les réseaux sociaux n’ont fait que mettre en avant une particularité de la photographie mais certes, au service du narcissisme.

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@lex

Fondateur d'Utopiie, et créateur de ce blog, Alexandre ARSAC est un passionné par tout ce qui touche à l'informatique et à la photographie.

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