Cinéma

Cowboy Bebop

Le Far West de l'Espace

Une intro digne des films noirs américains avec Humphrey Bogart. Une ville sous la grisaille et un homme sous la pluie assommé par de brefs flashbacks. Puis, arrive le générique haut en couleur et sa musique jazz endiablée, issue de l’âge d’or des séries TV américaines des années 70. Et enfin l’Espace infinie s’ouvre à nous pour un départ vers une aventure que n’auraient pas reniés les premiers colons du grand ouest.

Dans Cowboy Bebop, un coucher de soleil sur l’horizon provoqué par un astéroïde n’a rien à envier au ciel rougeoyant du Far West. Et c’est dans l’Espace, où l’homme a colonisé la grande majorité du système solaire ; qu’évoluent nos héros fleurant bon la poudre à canon et le parfum suave des femmes au regard de braise. Des braises sur lesquelles notre héros, Spike, souffle de temps à autres, entre deux chasses à l’homme. Un héros soufflant le chaud, avec son comportement de bon samaritain insouciant à l’humour ravageur, et le froid, pour sa redoutable efficacité dans l’art du maniement des armes, hérité d’un passé obscur. Cowboy Bebop, c’est un peu comme si des desperados déambulaient dans les rues d’un Hong Kong futuriste et étouffant, avec ses gunfights, ses poursuites haletantes ou hilarantes, ses complots, et ses saloons enfumés. Autant de composantes qui font du dessin animé, la combinaison gagnante d’un poker où les seuls bénéficiaires ne sont autres que nous.

Une histoire de cowboys modernes

Cowboy Bebop est comme le Rio Grande, il n’est pas linéaire. Résumer ici les vingt-six épisodes serait un peu succin, car la plupart d’entre eux sont comme un fait divers autonome, utilisant les mêmes personnages récurrents, un peu à l’image d’un dessin animé tel que Edgar de la cambriole. Et c’est un peu de l’œuvre de Monkey Punch, que l’on retrouve dans le premier épisode, avec le personnage de Spike Spiegel, un chasseur de primes au passé douloureux, fan d’arts martiaux et admirateur de Bruce Lee. Il est accompagné par Jet Black, un ex-flic au passé sentimental houleux. Ensemble, ils doivent capturer un dénommé Asimov, dealer sanguinaire, paumé sur un astéroïde au décor de vieille bourgade Texane. Celui-ci tente d’y vendre une cargaison de drogues neuro-optiques, afin de quitter cet endroit sans avenir, aidé en cela par sa compagne enceinte. La fuite désespérée des amants, rythmée par des scènes d’action à la John Woo, se terminera tragiquement. Elle nous fera découvrir néanmoins que, derrière le regard détaché et moqueur de Spike, se cache un chevalier servant qui aura tout fait pour éviter le pire.

Dans l’épisode trois, l’argent est roi, et ce n’est pas Faye Valentine, une joueuse carrossée comme une Winchester luisante, qui dira le contraire. Celle-ci est une joueuse professionnelle mais malchanceuse, dont la mémoire fut en partie affectée suite à un séjour plus ou moins long dans un caisson d’hibernation. Contrainte à rembourser des dettes titanesques, elle participe malgré elle, à un trafic d’information tactique opéré par le patron corrompu d’une station orbitale-casino. Elle aura cependant la chance de croiser le chemin de notre héros nonchalant. La belle aura tôt fait de rouler tout ce beau monde dans la farine, avant de disparaître au terme d’une scène finale dont les performances d’animation n’ont rien à envier aux combats aériens d’un Macross Plus.

Faye Cowboy Bebop
Faye – Cowboy Bebop

Dans l’épisode neuf, suite à une catastrophe planétaire, la Terre est devenue une immense décharge, bombardée continuellement par des météorites, vestiges d’une partie de notre bonne vieille lune. Malgré cela, notre Terre nourricière garde ses secrets dont les dessins gigantesques retrouvés à sa surface reproduisant ceux du célèbre plateau péruvien de Nazca. Le gouvernement soupçonne l’intervention d’un hacker, qui aurait détourné à son profit un ancien satellite de défense, dont les lasers surpuissants pourraient être à l’origine de cette plaisanterie. Le hacker en question, Edward, se met en tête de résoudre le mystère. Il découvrira que ledit satellite a développé une conscience propre au fil des siècles. Nostalgique, celui-ci a alors reproduit avec ses armes une partie des fameux dessins disparus depuis longtemps. Spike et son équipe aideront bien malgré eux le jeune garçon qui s’avérera être par la suite une fille. Mais comme dans tout bon westerns, Spike possède sa Némésis en la personne de Vicious, lequel apparaît dès l’épisode cinq. C’est un adversaire charismatique et très proche de notre héros à bien des égards, car il partage le même passé tragique. Même un ange peut se révéler être un démon déchu.

Un Cowboy Bebop légendaire

Tout comme le furent les terres du Far West, Cowboy Bebop est un dessin animé très riche. La série est un gisement d’émotions fortes ou légères, rempli de pépites d’humour ou d’actions. Ses personnages ont tous de fortes personnalités et son budget catapulte la série au firmament des méga-productions nippones. En lisant les résumés d’épisodes ci-dessus, on peut se dire que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleurs mélanges et ce n’est pas ce bon Quentin Tarantino qui dira le contraire. Oui, la série est un melting-pot se référant aux meilleures œuvres de ce qui fait la richesse de la pop-culture. Avec d’abord, Edgard de la cambriole (ou Lupin III), pour l’étonnante ressemblance des caractères entre les personnages des deux séries. Spike et Edgar pour l’humour, la décontraction et l’efficacité dans l’action ; Jet et Jigen pour leurs ressemblances physique et vocale et enfin Faye et Magali ou Fujiko pour la VO, pour leur capacité à mettre nos héros dans la mouise jusqu’au cou.

Nous pourrions prendre aussi en référence la série Cobra ou bien Nicky Larson, et tant d’autres encore. Mais cela n’est pas important, car plus que tout, Cowboy Bebop réussit à se détacher de ces références pour trouver son propre style et un visuel unique, dont la narration se rapproche énormément d’une mise en scène live. Certains épisodes sont de véritables petites œuvres cinématographiques à part entière, avec des angles de caméra recherchés, un montage très stylisé et lisible, avec notamment le cultissime épisode cinq. On assiste à une véritable leçon de mise en scène dont la toile finale n’a rien à envier aux meilleurs films d’actions hollywoodiens. Il est dommage que tous les épisodes n’aient pas eu ce traitement de faveur, néanmoins la quasi-totalité de cette série ne descend jamais en dessous du niveau d’un très bon dessin animé tel que Vision d’Escaflowne par exemple.

Ainsi Cowboy Bebop appartient à une catégorie d’œuvres dites « de genre ». Les films de genres sont des exercices périlleux faisant référence à tout un passé cinématographique qui voyage à travers le temps et les pays, se ressourçant dans diverses influences pour finalement nous proposer une expérience à chaque fois améliorée d’année en année. C’est le cas d’Alien où le réalisateur donne sa vision du mythe. C’est le cas aussi de la manière de tourner des films d’actions, tel le grand réalisateur Melville (inspirant un certain John Woo) qui contaminera à son tour les plateaux de tournage hollywoodiens à travers les générations. Cette tradition s’applique aussi bien au genre comique, dramatique ou même, graphiquement parlant, au style académique du manga qui sans cesse renouvelle ce genre en y apportant, depuis près d’un demi-siècle, de nouvelles évolutions graphiques et narratives, usant ou défaisant les clichés du genre.

De l’or pour les braves !

Ainsi nous arrivons à ce que beaucoup considèrent comme l’un des points forts de ce dessin animé. En effet, depuis plusieurs années, sur les écrans japonais arrivent régulièrement de nouvelles séries de prestige. L’une des premières fut Neon Genesis Evangelion, suivie de près par Vision d’Escaflowne, puis Serial Experiments Lain, et enfin Cowboy Bebop pour les œuvres les plus connues en France. Ces dernières ont réussi à dépasser le cadre de la télévision pour acquérir une dimension artistique, scénaristique et technique digne de l’âge d’or de la télévision japonaise des années 1980. Mais le fait le plus marquant vient surtout de leurs producteurs. Serial Experiments Lain fut en effet produit par Pioneer, une société ayant à son actif des œuvres aux budgets modestes, mais aux concepts novateurs tels que Tenchi Muyo ou Green Legend Ran. Délaissant en partie le marché de la vidéo, Pioneer se lance alors dans la création d’un dessin animé totalement décalé par rapport à d’autres productions animés de l’époque.

Même concept pour la société Sunrise, productrice de Cowboy Bebop, qui décide de mettre le paquet sur la question du financement. Curieux ! Car dans les années 1970, celle-ci était réputée pour produire les séries animés aux plus petits budgets à l’époque. Cependant, même avec de telles sommes investies dans ces productions de luxe, l’important reste avant tout le talent de ceux qui les dirigent. Message amplement reçu par les créateurs de la série, qui usent avec intelligence des dernières avancées de l’imagerie numérique. Appliquant la même recette utilisée pour Vision d’Escaflowne, Cowboy Bebop distille avec parcimonie animations 2D/3D se fondant à la perfection dans un graphisme complexe et animé avec un soin bien supérieur à des séries télévisuelles classiques, le tout soutenu par des scénarii bien échafaudés et des personnages hauts en couleur.

Shinichiro Watanabe
Shinichiro Watanabe

Les mercenaires de l’animation

Le responsable de ce chef d’œuvre n’est autre que Watanabe Shin’ichiro, déjà auteur du mémorable Macros Plus et des épisodes de Gundam 0083. Il n’est pas seul car ses acolytes sont de vieux partenaires comme Nobumoto Keiko, scénariste du même Macross Plus. Sous sa patte, naissent les personnages très attachants de Cowboy Bebop à la psychologie parfois complexe. La compositrice Yôko Kanno est aussi de la partie. Abonnée aux mega-productions nippones telles que Memories, Vision d’Escaflowne et bien d’autres encore. Celle-ci nous livre une bande-son peu ordinaire sortant des clous de sa discographie habituelle avec du Rythm and Blues, du Jazz typé Nouvelle-Orléans, en passant par de langoureuses ballades, très 1970 et du rock.

Leurs sous-fifres n’en sont pas moins célèbres avec en tête, Kawamoto Toshihiro connu pour Golden boy ou Gundam 08-MS, au double poste de character designer et de directeur d’animation, sans lequel les personnages ne posséderaient pas leur vie propre. Regardez Spike ! Avec sa démarche nonchalante ! Et la gestuelle complexe d’Edward ! Qui bouge dans tous les sens comme un véritable enfant, utilisant ses pieds pour taper sur un clavier, se déplaçant parfois sur les mains, ou gesticulant sans raison apparente, juste pour le fun, sans oublier la démarche très féline de Faye.

Par la suite, nous retrouvons aux décors un certain Higashi Jun’ichi qui a travaillé sur Vision d’Escaflowne et certains téléfilms de City Hunter, parrainé par une figure de l’animation japonaise, Kawamori Shôji qui signa les mecha design des films de Patlabor tout en collaborant sur Ghost in the Shell. Les deux compères nous livrent, au sein de la série, un mélange de styles architecturaux traditionnels issus de nos cinq continents. Le tout illustrant avec grâce et intelligence un monde où la technologie prend parfois des allures de rétro-fiction, façon Jules Verne. A une époque où la technologie a atteint un tel niveau, ces créateurs peuvent se permettre quelques fantaisies esthétiques, sans pour autant altérer son côté pratique. C’est justement le cas des très beaux mecha design de Cowboy Bebop, dus à Yamane Kimitoshi connue pour avoir œuvré sur Gall Force, Vision d’Escaflowne ou bien Spriggan.

See you again !

La Sunrise joua néanmoins la carte de la prudence en produisant, comme c’est le cas aujourd’hui, une première série de treize épisodes en avril 1998. Diffusé sur la chaîne publique TV Tôkyô, le succès fut fulgurant et déclencha la production, quelques mois plus tard, de treize épisodes supplémentaires venant s’intercaler entre les divers épisodes de la première saison. C’est cette dernière mouture, de vingt-six épisodes au total qui fut diffusé en France. Un destin curieux pour une série hors normes. D’un niveau toujours oscillant entre le bon et l’excellent, avec des épisodes parfois très spectaculaires, hilarants, où étonnamment romantique, Cowboy Bebop fait partie de ces dessins animés qui ont tout pour plaire sans jamais tomber dans le racolage, se donnant les moyens de ses ambitions sans jamais tomber dans la facilité. Une série qui montre ce que les productions nippones peuvent faire de meilleur.

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Nicolas Merlot

Blogueur sur les-dessins-animes.fr, Nicolas est un passionné de BD, mangas, et de japanimation. Son anime préféré n’est autre que Neon Genesis Evangelion, qui reste pour lui une œuvre charnière qui lui permit de découvrir l’immensité de l’univers du dessin animé japonais.

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